Vêtements et chaussures éco-responsables, où en est-on ?

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Vêtements et chaussures éco-responsables

À l’heure où les boutiques en ligne « fast fashion » connaissent toujours autant de succès auprès des adolescents pour leur politique bas prix et leur choix, on assiste en parallèle à une modification des mentalités et des pratiques des consommateurs. En effet, la volonté d’acheter local, éthique et responsable s’affirme. Ainsi, selon un sondage Ipsos de 2020, 64% des Français aimeraient connaître l’impact environnemental de leurs vêtements. Comment les entreprises répondent-elles à ces besoins ? Vêtements et chaussures éco-responsables, tour d’horizon des pratiques.

L’éco-responsabilité ou responsabilité environnementale est une démarche qui vise à réduire l’impact de nos gestes quotidiens sur l’environnement. Elle s’inscrit plus largement dans les principes du développement durable avec une intégration du volet économique, environnemental mais aussi social. La question de l’éco-responsabilité est inévitable lorsqu’on considère l’industrie du textile, l’une des plus polluantes et avec des pratiques pas toujours responsables en matière de ressources humaines.

Comment préserver la planète en prenant en compte à la fois la fabrication, la distribution et le transport, tout en garantissant des conditions de travail éthiques ?

Soyez « consommacteurs » !

L’éco-responsabilité commence, entre autres, par une prise de conscience des consommateurs qui peuvent, si nécessaire, modifier leurs pratiques et leurs habitudes d’achat. Puisque la transparence au niveau de la chaîne de fabrication n’est pas toujours de mise, voici quelques points sur lesquels faire preuve de vigilance permet de renforcer l’éco-responsabilité.

La provenance et les conditions de travail

Les chaînes et les vêtements à bas prix, dits “fast fashion”, connaissent souvent une défaillance dans le processus de fabrication. Soit au niveau environnemental. Soit au niveau humain. Or, le développement durable concerne tout autant la matière, la qualité des processus mis en œuvre que les conditions de travail.
Ainsi, il est nécessaire de faire attention à la provenance de ce que vous achetez et aux conditions dans lesquelles vos vêtements sont conçus est un acte éco-responsable facile à mettre en place.

Le label « Made in France »

Affiché sur certains produits ne signifie pas grand chose dans le secteur du textile, même s’il part d’une bonne intention. En effet, la matière première peut provenir d’Asie avant d’être livré dans une usine de fabrication en France. Ce label pourra quand même être utilisé, dans la mesure où la dernière transformation substantielle a été réalisée dans l’hexagone. D’où l’importance d’interroger les commerçants. L’autre solution est de sélectionner au préalable des fournisseurs et des marques éco-responsables, attentifs à l’impact environnemental et humain du processus de fabrication.

La composition du produit

Lire les étiquettes des vêtements permet d’éviter les matières polluantes. Telles que le coton, le polyester que l’on trouve dans la plupart des textiles et qui ne sont pas biodégradables. Dans le processus de production du coton sont utilisés des pesticides des engrais, insecticides, ainsi qu’un très fort volume d’eau. (10 000 litres d’eau pour 1 kg de coton !).

Heureusement, le coton recyclé, utilisé par certaines marques, préservent l’environnement en évitant d’utiliser de l’eau et des produits chimiques. À partir de dons de vêtements en coton, la fibre est récupérée et retravaillée pour en faire une nouvelle qui sera tissée. De plus, pour réduire son impact environnemental, des entreprises utilisent une technique de « teinture dans la masse ». Cela permet d’économiser jusqu’à 80 % d’eau et 63 % de CO2.
D’une manière générale, il est recommandé de privilégier les produits naturels issus de la culture biologique.

Les bons gestes au quotidien

Dans le cycle de vie d’un vêtement, son entretien fait aussi partie des gestes qui peuvent avoir un impact environnemental. Il est donc préconisé de laver à basse température, de lancer une machine à pleine charge, de réduire la dose de lessive pour une machine en demicharge. De plus, il est préférable de sécher son linge en extérieur plutôt que de faire tourner le sèche-linge. Côté lessive, un produit extrêmement polluant, les lessives écologiques labellisées sont plus facilement biodégradables. Il est aussi possible de la fabriquer soi-même avec du bicarbonate de soude, du savon de Marseille et un peu d’huiles essentielles.

Réparer, recycler, revendre, donner

La tendance à la surconsommation n’est pas rare dans le domaine des vêtements et des chaussures. Combien de tenues restent dans les armoires sans avoir été portées une seule fois dans l’année ? Il existe plusieurs manières d’agir en tant que consommateur éco-responsable : acheter moins, réparer les vêtements abîmés avec quelques points de couture, apporter ses chaussures chez le cordonnier, mais aussi donner une 2e vie à ses vêtements ou encore les revendre (Internet, dépôt-vente), ou les donner à une association.
L’éco-responsabilité est une invitation à consommer moins mais mieux.

Quelles solutions et innovations de la part des entreprises?

Si le consommateur peut agir de manière responsable, il en attend également de même de la part des entreprises. Certaines affichent d’ailleurs leur engagement en la matière et se veulent à la fois équitables, responsables, écologiques et durables.

Des solutions simples à mettre en pratique

Les entreprises peuvent en effet agir de manière durable dans le choix des matières, des conditions et modalités de fabrication, de livraison (en réduisant les trajets et donc émission de CO2)…
Certaines sociétés se sont créées en s’appuyant sur le concept même de l’économie circulaire, comme les Récupérables. La revalorisation des matières, l’upcycling, est le fondement même de leur existence. UYD, par exemple, est une entreprise éco-responsable qui travaille uniquement en France et à partir de matières recyclées.

Dans le même esprit, d’autres détournent la vocation première de la matière, notamment dans les chaussures. Ainsi, le Lissier confectionne des baskets à partir de tissus d’ameublement, tandis que M.Moustache fabrique des semelles à partir d’anciennes baskets.
Autre solution simple à mettre en œuvre : un système de précommande. Cela répond aux besoins les plus justes, évite de stocker et d’avoir des surplus de produits, donc pas de gaspillage ni de pollution.

Des innovations inspirantes

La durée de vie limitée de notre planète pousse certaines entreprises à innover, avec des concepts révolutionnaires.

BIONIC®, société d’ingénierie des matériaux, récolte et recycle le plastique qui pollue l’océan. La société le transforme en une fibre mixte, et fournit des textiles et des polymères robustes, entièrement traçables.

La biocouture est un concept inventé par Suzanne Lee, où les bactéries, mélangées à du thé vert et du sucre, sont utilisées pour produire des matériaux qui serviront à réaliser des vêtements et des chaussures conçues et cultivées sur mesure.

Le recours à l’impression 3D fait partie des autres innovations dans la fabrication de vêtements. Le modèle peut être imaginé sur ordinateur, sur-mesure, avant d’être imprimé dans un matériau biodégradable. Là encore, on évite de gaspiller et de stocker.

Des matières naturelles pour les chaussures

Certains fabricants de chaussures ont opté pour le tannage végétal. Le cuir sans chrome, ni métaux lourds et des procédés de fabrication éco-responsables et éthiques. On peut citer notamment la marque NAE, qui, pour lutter contre la cruauté animale, fabrique ses chaussures avec de la feuille d’ananas ou encore du liège. Des alternatives au cuir animal. La marque Minuit sur Terre, quant à elle, privilégie les matières recyclées et les matières végétales originales comme le raisin et les huiles végétales, les déchets de pommes pour ses baskets et accessoires de maroquinerie, mais aussi de la viscose de céréales pour la doublure et la semelle intérieure des chaussures. L’entreprise Modetic utilise également le latex naturel, le lin bio, le coton bio et le caoutchouc recyclé. Ou encore l’entreprise Umoja.

Atteindre le 100 % responsable peut être compliqué, notamment pour le choix de la matière première. Mais, chacun à son niveau, consommateur et entreprise, peut tenter de s’en rapprocher le plus possible. Il en va de notre survie.