Sarah Lezito Souffle coupé au Finist’Air Show

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Sarah Lezito

 

C’est avec un grand plaisir que je vous invite à découvrir l’interview exclusive de Sarah Lezito, professionnelle de Stunt, discipline qui consiste à réaliser des figures en moto. Avec Cyril de Finistère 2.9, nous avons rencontré Sarah accompagnée de Romain Jeandrot, professionnel lui aussi de Stunt, lors du Finist’Air Show, le 30 septembre 2015, à Briec.

Stunt veut dire cascade en anglais. L’enchainement de ces figures appelées tricks est un spectacle impressionnant voire époustouflant : roue avant, roue arrière, équilibre sur la moto… le show spectaculaire que Sarah Lezito nous a offert est à la mesure de l’effort et du travail réalisés, mais aussi du danger que ces motards peuvent rencontrer. Cette discipline n’est pas sans risque. Mais laissons la belle nous raconter son aventure avec beaucoup de passion et de professionnalisme. Enjoy !

Tu as commencé à 13 ans avec un quad, aujourd’hui tu as 22 ans et déjà une professionnelle du Stunt, comment t’es venue cette passion ?
Sarah Lezito : Déjà petite, je ne trainais qu’avec des garçons. J’ai toujours été un peu casse coup. Alors c’est vrai qu’à 13 ans, mon père a eu un quad. Il ne s’en servait pas. Je m’en suis servie en cachette, dans les champs avec les copains. On se disait « allez ! on va s’éclater en roue arrière avec le quad ! » (big smile). On n’y arrivait pas ! On galérait bien… J’ai donc cherché des vidéos sur internet et là j’ai vu qu’il existait des stars qui le pratiquent. Et là je me suis dit « Oh yeahh ! » On s’est entrainés ensemble. J’avais la motivation d’aller jusqu’au bout. Et puis ça s’est enchainé… c’est devenu un peu comme une drogue. C’est le genre de sport lorsque tu fais quelque chose de nouveau, ça t’apporte une telle satisfaction ! Et tant que tu n’as pas poussé la limite, tu ne vas pas t’arrêter !! Tu vois ce que je veux dire ? Quitte à chuter, malheureusement… mais c’est ce qui nous fait progresser.

 

Combien d’heures d’entrainement tu effectues par jour ?
Sarah Lezito : J’essaie de rouler tous les jours, d’avoir un entrainement assez régulier. Je m’entraine aux alentours d’une heure par jour. Le week-end, ça peut m’arriver de rouler 3-4 heures dans la même journée car les spots sont un peu plus libres. En semaine, j’essaie de ne pas déranger car cela fait des nuisances sonores. Je m’entraine donc le soir de 17h00 à 18h00 environ.

Effectivement, tu t’entraines sur les parkings ?
Sarah Lezito : Oui, j’habite en ville à Epernay. J’essaye de m’adapter, de ne pas trop déranger les gens… J’ai déjà énormément de chance d’être tolérée, je n’abuse pas. Et je préfère m’entrainer régulièrement. C’est mieux pour moi.

La municipalité va peut-être te mettre un terrain à disposition ?
Sarah Lezito : Je ne pense pas qu’ils vont faire un terrain uniquement pour moi. C’est le problème de ce sport. Nous sommes très peu à rouler dans toute la France. Nous sommes tous éparpillés. Il n’y a pas de terrain officiel pour cette discipline. Chacun dans sa ville se débrouille. On se retrouve, à chaque fois, deux-trois potes à s’entrainer ensemble. On trouve des parkings isolés, des usines abandonnées, des terrains bitumés praticables. On nettoie avec nos balais… voilà. C’est plus comme ça, y’a vraiment pas de règle. Si on a de la chance, on peut avoir des circuits. Ils nous prêtent les paddocks lorsqu’ils ne sont pas utilisés, parfois en semaine…

Ce sport est reconnu en France ?

Sarah Lezito : Non, ce n’est pas reconnu. Il n’a pas de fédération. Nous ne sommes pas intégrés dans la Fédération des Sports Mécaniques. Mais nous sommes assurés pour les spectacles, pour toutes les prestations de sports motorisés comme le rallye. Après nous avons d’autres assurances pour les entraînements. Mais c’est vrai que ce n’est pas évident. Il faut se faire tolérer… demander les autorisations pour les parkings…

Est-ce que tu peux me donner le nombre de spectacles dans l’année que tu réalises ? Est-ce que cela nécessite une hygiène de vie particulière ?
Sarah Lezito : Alors je ne peux pas te donner un nombre exact dans l’année. Il va y avoir des saisons qui vont être blindées comme mars avril, mai juin, jusqu’en septembre c’est full. Après l’hiver c’est plus calme. On va prendre plus soin de nous. J’en vis depuis un an vraiment. Avant j’étais plutôt dans le principe « de toute façon je n’ai pas besoin de faire du sport, la moto me suffit largement pour me dépenser ». Au final, j’ai eu un coach, j’ai fait plus de sport. Ça m’a apporté énormément. Physiquement je me suis améliorée en souplesse, en force, en endurance pour rouler avec la moto. Maintenant, je n’ai plus de coach. Je fais des sessions d’entraînements sportifs, du cardio, du renforcement musculaire, un jour sur deux. Je fais attention à ce que je mange. Et c’est vrai que ça joue énormément ! Je l’avoue !

 

Il y a des choses en particulier que tu travailles actuellement ?
Sarah Lezito : Je travaille des figures plus techniques sur le flat, sur deux roues. C’est un de mes points faibles. Je ne vais pas dire que j’ai la flemme de travailler ça ! Mais c’est quelque chose dont je pense le moins lorsque je pars sur un spot. Il faut faire un peu de tout. Essayer d’être polyvalent pour ne pas se lasser non plus.

Est-ce que tu peux me parler de ta moto ? Pourquoi ce modèle ?
Sarah Lezito : C’est une Kawasaki, une 636 ZXR. C’est une moto qui a fait ses preuves. L’avantage est qu’il y a énormément de constructeurs qui ont fait des pièces adaptées au stunt pour cette moto, des protections, des platines de frein, des couronnes, des kits chaines, même des pièces spécifiques au moteur. C’est très simple de les trouver. Tu vas sur internet et tu fais ta commande.

Quels conseils donnes-tu à des personnes qui ont envie de se lancer dans le Stunt ?
Sarah Lezito : Si vous voulez le faire, faîtes-le ! n’attendez pas 5000 ans ou quelque chose dans votre vie pour vous y mettre ! on va chercher la moto et puis on va rouler. Il faut s’accompagner d’une personne et trouver un espace libre… j’ai envie de dire, pas dangereux… qu’il n’y ait pas de risque de blesser quelqu’un ou de se blesser.

 

Tu as doublé Scarlett Johansson dans le dernier film Avengers, la prochaine doublure… Lara Croft ?
Sarah Lezito : Je ne sais si Lara Croft fait de la moto !! en attendant, j’ai fait un long métrage américain en Italie pour une gendarme. Les propositions s’enchaînent.

Les cascades sur le tournage Avengers étaient réalisées avec une Harley Davidson électrique, ce n’était pas trop difficile ?
Sarah Lezito : C’était un prototype. Ils ne savaient même pas encore ce qu’elle valait. J’ai fait un peu les crash-tests !(rire). C’est un truc de fou cette moto. Je ne sais même pas comment décrire l’effet ! Cela n’a rien à voir avec une moto normale… aucun feeling dans l’accélérateur, aucune force de frottement de la roue…Tout est différent comme si ce n’était pas toi qui le faisait mais la moto ! je ne sais pas comment le dire !… c’est On Off, tu as tout ou rien. Après c’est un régal de rouler avec sur la route. C’est plutôt agréable. Pour le stunt c’est vraiment spécial ! Mais l’équipe a fait énormément d’efforts pour que je puisse faire les cascades qui étaient demandées. On a réussi à tout faire et ça c’était vraiment quelque chose… On avait deux motos sur le doublage. Le cascadeur homme en a cassé une, donc il ne restait plus que la mienne ! je n’avais pas le droit à l’erreur !

Les erreurs, nous avons pu l’apprécier, Sarah en fait peu voire pas… Déjà, cette jeune femme a le mental et un bonne esprit. Je suis enchantée d’avoir pu la rencontrer. Admirative de son travail, je lui souhaite à elle et ses compagnons de route, de beaux projets, de beaux défis et une belle carrière.