Interview Camille Ragot – Création d’une maison d’édition sur le Steampunk

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FINISTERE 2.9 a interrogé Camille Ragot sur son projet de création d’une maison d’édition en Bretagne sur le Steampunk.

1 / Pouvez-vous vous présenter ?

Camille Ragot, 28 ans, jeune éditrice et étudiante-entrepreneure à Brest. Pour faire court, j’ai suivi trois cursus de licences : Droit, Arts plastiques et Lettres Modernes. J’ai ensuite intégré le Master professionnel Métiers de l’édition à Strasbourg au cours duquel j’ai appris le fonctionnement de la chaîne du livre et ai développé les compétences nécessaires pour un éditeur (orthotypographie, maquettisme, communication, marketing…). Pendant mon master, j’ai écrit un mémoire sur le marché de l’édition fantasy en France et en ai fait la conception graphique.

Aujourd’hui, je me lance dans la création de ma maison d’édition spécialisée dans le steampunk, le polar d’imaginaire et la fantasy.

2 / Qu’est-ce que le steampunk ?

Le steampunk est un mouvement littéraire et artistique qui puise son inspiration dans les œuvres de Jules Verne et de H. G. Wells. En général, les univers steampunk prennent pour décor le XIXe siècle à l’ère de la première révolution industrielle, celle du charbon et de la vapeur (« steam » en anglais signifie « vapeur »).

C’est un genre dont l’esthétique est très marquée. Certains motifs reviennent fréquemment dans les œuvres steampunk : l’automate, la mécanique, l’engrenage, la mode victorienne, la lutte des classes, les zeppelins, le savant fou, l’idée de progrès…

Au delà de la littérature, le steampunk est aussi un art de vivre en marge de la société (d’où le terme « punk »). Les adeptes du mouvement s’intéressent au recyclage et au DIY (Do it yourself, « Faites-le vous-mêmes »), sont d’ingénieux inventeurs et soutiennent activement leurs revendications sociales.

Pour en savoir plus, vous pouvez vous référer à La Bible steampunk de Jeff Vandermeer aux éditions Bragelonne ou au Guide Steampunk de Etienne Barillier et Arthur Morgan aux éditions ActuSF.

3 / Comment avez-vous connu le steampunk ?

Lors d’un jeu de rôle grandeur nature (GN), j’ai rencontré un gars qui faisait partie d’une association d’animation steampunk, la Breizh Steam Punk Society (BSPS). Je pense que c’est la première fois que j’ai entendu parler de steampunk. Par la suite, j’ai dû approfondir ma connaissance du genre via les réseaux sociaux, mon entourage et les festivals.

4 / Qu’est-ce qui vous attire le plus dans le steampunk ?

Au départ, c’est l’esthétique qui m’a attirée – normal, c’est ce que l’on remarque en premier. Des visuels foisonnants, l’art du détail qui fait qu’on a affaire à du steampunk et non à de l’historique, l’identité bien définie du genre et pourtant laissant de la place pour l’imagination…

Ensuite, en découvrant plus avant, j’ai aimé le côté engagé du mouvement. On y retrouve la volonté de recycler, de faire du neuf avec du vieux, de revaloriser ce qui n’a plus d’intérêt aux yeux de tous. En effet, les vaporistes sont passés maîtres dans l’art du DIY, des costumes faits maison, etc.

Comme je l’ai dit plus haut, c’est aussi un genre qui s’engage politiquement. Le steampunk n’est pas simplement une littérature d’évasion et de distraction ; les auteurs s’en servent pour parler de problèmes sociétaux, pour défendre les valeurs auxquelles ils tiennent… C’est un point important à mes yeux. Pour moi, les littératures de l’imaginaire sont un moyen de parler de choses qui nous concernent directement mais par le biais d’univers plus merveilleux, exotiques, magiques que celui de la vie quotidienne. Elles permettent également de grossir des détails, d’exagérer certains points pour les mettre en lumière, les rendre visibles et les critiquer. Le but est de faire rêver et réfléchir en même temps.

5 / Pourquoi vouloir monter une maison d’édition spécialisée dans le steampunk ?

Pour trois raisons :

  • Tout d’abord par passion pour l’imaginaire et plus particulièrement pour le steampunk, son esthétique, son potentiel littéraire et artistique.
  • Ensuite, parce que j’ai remarqué un réel manque en France sur ce genre. Malgré la demande des lecteurs, les rayons des librairies proposent peu de steampunk et encore moins d’auteurs français (un comble quand on sait que le genre s’inspire de Jules Verne !). Cela s’explique en partie par l’absence de maison d’édition spécialisée justement.
  • Enfin, malgré tout, le genre est en progression en France, les éditeurs proposent de plus en plus d’ouvrages de steampunk sans pour autant créer une collection dédiée. Sur le plan purement entrepreneurial, il existe donc une opportunité de marché à saisir.

6 / Quel avenir pensez-vous qu’il peut y avoir pour le steampunk en France ?

Je pense que c’est un genre en émergence et en progression. Pour l’instant, le steampunk est surtout connu des amateurs d’imaginaire mais, de ce que j’ai pu observer, l’esthétique attire tout type de public (enfants, ados, adultes et personnes âgées). De plus, les médias s’intéressent à ce genre nouveau pour nous, français, car c’est à la fois familier (basé sur l’histoire et sur les œuvres de Jules Verne, incontournable en France) et incongru (place pour l’imagination).

Quant à savoir si c’est un effet de mode passager ou un véritable engouement sur la durée, seul un voyage dans le temps peut nous apporter la réponse ! On y va ?

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