ASA, la belle rencontre au Bout du Monde

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C’était le premier jour du festival et la prairie de Landaoudec commençait tout juste à se remplir. Nous en étions au début de cette belle soirée quand ASA est montée sur scène avec ses musiciens. Très vite, sa voix rauque et sa musique pleine de soleil sont venues captiver le public. Avec son « ukulele » et son sourire radieux, difficile de résister à autant de grâce…

 

Peu après son concert, ASA est venue nous rejoindre pour répondre à nos questions:

– Nous savons que vous avez eu quelques problèmes lors de l’enregistrement de votre dernier album. Comment s’est passée votre tournée?

J’ai été obligée d’enregistrer deux fois cet album car je n’étais pas satisfaite de la première version, ce n’était pas moi. Ça n’a pas été facile de convaincre la maison de disques de refaire l’album mais après ça, je me suis sentie plus forte pour repartir en tournée. Être sur les routes à nouveau a été un vrai moment de bonheur.

 

– Cet après-midi, le public était au rendez-vous et nous vous avons trouvée très confiante, très épanouie. Est-ce que ce changement est lié à tous les voyages que vous avez faits?

Je ne sais pas à quoi cela est du, si ce sont les voyages, si c’est juste le temps qui passe ou si ce sont les personnes avec qui je travaille actuellement. J’ai la chance de travailler avec de très bons musiciens, c’est un peu comme avoir une famille sur la route.
Quand vous voyez le public, ces personnes qui ne vous connaissent pas et qui sont venues pour voir un autre artiste comme vous, quand elles vous encouragent vous devez vous donner!

– Est-ce que c’est plus difficile pour vous d’atteindre le public lors d’un festival?
Oui c’est difficile mais en même temps c’est un moment de plaisir, ce sont comme des mini vacances! Il fait beau, les gens sont heureux et détendus, ils sont ouverts, ils viennent pour danser et pour passer un bon moment à écouter de la musique. Nous sommes ici pour faire la fête, je ne travaille pas pour gagner de l’audience mais je pense que si je m’amuse, le public s’amusera aussi.

– Vous avez dit récemment que vous souhaitiez faire un certain nombre de choses avant de fêter vos trente ans. Y êtes-vous parvenue?
Ce n’était que de simples choses finalement mais je suis très heureuse de les avoir faites. J’ai appris à nager, à faire du skate et à monter en moto! Quand j’étais enfant, j’étais trop sérieuse, mon père était très strict et il n’y avait pas de temps pour jouer. Il fallait nettoyer la maison, lire des livres ou m’occuper de mes frères. J’ai la chance de faire aujourd’hui ce que je n’ai pas pu faire enfant!

– Nous avons entendu une histoire au sujet d’une chaussure… L’avez-vous retrouvée?

Non !

– Que s’est-il passé?
Quelqu’un me l’a prise et l’a gardée! J’étais sur scène, j’avais retiré mes chaussures le temps d’une danse africaine un peu folle et je les ai jetées trop loin. La lumière s’est éteinte un instant et quand elle s’est rallumée, il me manquait une chaussure! On m’a laissé une seule chaussure!
Vous savez, c’était mes préférées et maintenant à chaque fois que je regarde celle qui me reste je pense: « Mais pourquoi est-ce que tu n’as pas pris les deux! » Si tu m’entends, voleur de chaussure, rapporte la moi et tu seras un prince!

 

– Qu’est-ce que votre troisième album vous a apporté de plus que les précédents?
Je dirais simplement que je grandis jour après jour, je commence à mieux me comprendre en tant qu’adulte et en tant qu’artiste. J’ai appris à davantage croire en moi, en ma voix, tout cela m’aide à mieux dormir la nuit et à moins douter de moi-même. Sur cet album j’ai mûri en tant que personne et en tant que chanteuse.

 

– Pensez-vous que votre public parvient à ressentir toutes les émotions que vous mettez dans chacune de vos chansons?
Oui, je le pense. Peut-être même davantage parce que lorsque je suis en studio, j’ai très peu de temps pour chanter, pour mettre dans chaque chanson les émotions que je souhaite. Lorsque je chante en direct, je me donne à 200%. Je me dois de donner tout ce que j’ai, je me déshabille et me livre sincèrement.

 

– Dans votre pays, au Nigéria, qu’en est-il des festivals? Quelles seraient vos recommandations?

En premier je dirais le Festival de Jazz de Lagos (Lagos International Jazz Festival) qui existe depuis cinq ans je crois. Il y a aussi le EYO festival mais ce qu’il ne faut pas rater est le Felebration, qui rend hommage aux chansons de Fela Kuti et qui est reconnu internationalement.
Ce festival existe depuis seize ans et cela se ressent, c’est une vraie communauté. il faudra du temps pour que cela se construise au Nigeria, les choses se font lentement mais sûrement!

– Pensez-vous que ce ne soit qu’une question politique?
Non je ne pense pas, la musique est une chose très sérieuse au Nigeria et la musique africaine est très puissante. Au nord c’est différent puisqu’il faut tenir compte de la présence de Boko Haram et des extrémistes islamistes mais au sud et à l’ouest, c’est un véritable élément de fusion. Lagos est comme le New York du Nigeria, c’est une capitale cosmopolite où vivent des gens venus du monde entier.

– Asa, vous êtes née en France, combien de temps y avez-vous vécu?
J’y ai vécu deux ans, c’est pour ça que j’ai tout oublié ! En réalité je parle un peu français mais certains mots de vocabulaire sont vraiment difficiles à prononcer (et à comprendre !), je suis très timide quand je parle français.

– Chantez-vous en français?
Oui, ça m’arrive. Gainsbourg, Jean-Louis Aubert (« Voilà, c’est fini… »), Yannick Noah… J’aimerais beaucoup écrire une chanson en français. J’ai vu des reportages sur Joséphine Baker, je sais que Nina Simone chante aussi en français, pourquoi pas moi!

Un grand merci ASA pour ce moment que tu nous a accordé!

(Propos recueillis en anglais et traduits par Madame Ordinaire).